"Dessins pour la paix" : Faire couler l'encre, pas le sang

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"Dessins pour la paix" : Faire couler l'encre, pas le sang

Mensaje por Merce el Miér 25 Jun - 9:41

jun 24, 2008 10:37 | Updated Jun 24, 2008 11:15
"Dessins pour la paix" : Faire couler l'encre, pas le sang

By HÉLÈNE JAFFIOL
Deux zèbres discutent. "Moi, mon père est noir ma mère est blanche», dit le premier. "Moi c'est le contraire", dit le deuxième. Tous deux sont pourtant identiques et rayés de la même façon.
C'est signé Kichka, caricaturiste israélien, qui a choisi cette métaphore animalière pour dénoncer les préjugés et les barrières.
Une mission partagée a réuni une dizaine de caricaturistes la semaine dernière entre Jérusalem-Est, Ramallah et Holon près de
Tel-Aviv.
Michel Kichka est le fondateur, avec le dessinateur du journal Le Monde Jean Plantu, de la manifestation " Dessins pour la paix Après New York, Paris et Rome, ils ont choisi la terre où se cristallisent les conflits au Moyen-Orient. Pour l'occasion, quelques jours avant le déplacement en Israël de Nicolas Sarkozy, la secrétaire d'Etat Rama Yade a inauguré la première étape de l'exposition au centre français Chateaubriand à Jérusalem-Est.
Dans son discours, la jeune ministre fait le rapprochement entre sa mission hautement délicate de défense des droits de l'homme et celle toute aussi sensible des caricaturistes de presse : "Elles ont toutes les deux un côté transgressif. Jusqu'où on peut aller dans la caricature ? Je me pose la même question à propos de ma fonction. Un problème qui peut nous plonger dans de grands moments de solitude", explique Rama Yade laissant échapper une pointe de lassitude, avant d'ajouter : "Sur cette
terre de conflits, vous, les dessinateurs, vous portez cet espoir de paix."
Derrière elle, défilent sur vidéoprojecteurs les perles de ces artistes de l'actualité. Comme cette colombe de la paix en train de se faire rôtir. Pas besoin de mots, les images parlent d'elles-mêmes. Dans les jardins du centre culturel, les dessins mordants du dessinateur israélien Uri Fink fustigeant les terroristes palestiniens poseurs de bombes côtoient ceux des Palestiniens Baha Boukhari et Khalil Abou Arafeh sur le mur de séparation ou sur Tsahal.
Preuve qu'au-delà du conflit, les dessinateurs parlent la même langue, celle qui "rend les murs transparents". Mais Plantu prévient :
"Nous sommes ici pour montrer des choses dérangeantes et pas pour mettre le feu aux poudres."
C'est dans ce souci de responsabilité que le projet "Dessins pour la paix"(Cartooning for Peace) a vu le jour le 16 octobre 2006, à la suite de la polémique sur les caricatures de Mahomet publiées dans la presse danoise.
Une controverse qui a eu des conséquences tragiques, faisant une dizaine de morts dans les pays arabes : "Nous avons basculé dans un monde différent. On peut tuer avec un feutre.
Aussi faut-il savoir s'arrêter", explique Plantu. Le dessinateur vedette du Monde a pris le chemin inverse: associer la caricature à la paix Son objectif: encourager le débat sur la responsabilité journalistique des dessinateurs de presse. Sans pour autant dénaturer le coup de crayon provocateur qui fait tout le sel de la caricature: "Certains dessins ne sont pas tendres avec l'armée israélienne mais ils ne sont pas remplis de haine."
Dans ce projet ambitieux, Jérusalem est une étape incontournable où le difficile équilibre entre responsabilité et liberté d'expression prend tout son sens. L'un des objectifs de la septième édition de "Dessins pour la paix" est d'établir un pont entre dessinateurs israéliens et palestiniens. Pourtant, le choix des lieux de rencontre - Jérusalem-Est, Ramallah, Bethléem - peuvent être révélateurs d'un déséquilibre vers le camp palestinien. Une seule rencontre a été véritablement organisée en
Israël dans la ville de Holon près de Tel-Aviv. Un faux problème pour Michel Kishka, dessinateur israélien
d'origine belge, vêtu d'un tee-shirt avec au centre une caricature de Plantu sur l'élection de Nicolas Sarkozy : "Ce n'est pas déséquilibré. Je me sens ici en Israël, même dans la partie est de Jérusalem", avant de concéder : "Notre premier partenaire pour organiser cette manifestation est le consulat de France.
Pour faire venir des dessinateurs de pays arabes, il a préparé un événement un peu plus orienté vers la partie palestinienne.
Mais cela reste une occasion unique pour permettre aux dessinateurs israéliens et palestiniens de se rencontrer." Une affirmation qui laisse un peu dubitatifs certains participants comme le dessinateur israélien Chay Charka : "C'est un premier pas mais je n'attends pas grand-chose de ces discussions."
Ce dernier devient toutefois plus optimiste lorsqu'il s'agit d'évoquer la situation des caricaturistes en Israël : "Ici, je peux
dessiner en toute liberté. Je ne suis soumis à aucune censure." Il s'est d'ailleurs fait connaître du grand public en dessinant
la marionnette de l'homme politique Dan Meridor : "On dit qu'elle a contribué à briser sa carrière. J'ai pensé à l'époque que le pouvoir de ma caricature était trop exagéré." Plus qu'une simple passerelle entre dessinateurs israélo-palestiniens, cette manifestation a surtout l'ambition d'êtreune rencontre internationale. Pour cette édition, le dessinateur algérien Ali Dilem était l'invité d'honneur. Menacé de mort dans son pays, il est le dessinateur du journal francophone Liberté.
En 2005, il a été condamné à six mois de prison ferme pour une caricature qui dénonçait la corruption des généraux algériens.
Il s'est rendu en Israël sans l'accord des autorités de son pays: "Ils ne savent pas que je suis ici. Je verrai bien en revenant si
j'ai des ennuis", révèle le dessinateur qui a été de nombreuses fois
récompensé pour son coup de crayon.
Sa première expérience en Israël et à Jérusalem a profondément bousculé ses idées reçues : "Je n'imaginais pas une seconde avant de venir dans la Vieille Ville qu'un juif orthodoxe puisse marcher dans un quartier arabe. Certes, la séparation existe mais je ne l'ai pas vraiment vue à Jérusalem", explique-t-il. Après la ville sainte, l'équipe de Plantu s'est rendue à Ramallah pour animer une classe de dessin destinée aux enfants du camp Al Amaari. Toujours avec cette même préoccupation en tête : "Ne pas faire couler du sang, mais de l'encre."

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